Troisième dimanche de l'Avent

Mt 11, 2-11


Le messianisme de Jésus en question

 

Question sur Jésus (Mt 11, 2-6)

2 Jean, entendant dans la prison les œuvres du Christ, lui envoya dire par ses disciples:
3 Toi, es-tu [celui] qui doit venir ou bien [en] attendons-nous un autre?

4 Et répondant, Jésus leur dit: Allant, annoncez à Jean ce que vous entendez et voyez. 5 Des aveugles voient de nouveau et des boiteux marchent, des lépreux sont purifiés et des sourds-muets entendent, et des morts se relèvent et des pauvres sont évangélisés; 6 et heureux est qui n'est pas scandalisé par moi.

 

Jésus avait appris que Jean avait été livré (4, 12); sous peu, il apprendra sa mort (14, 1-12). Il avait eu contact avec ses disciples, lorsqu'ils étaient venus le questionner sur le jeûne de ses propres disciples (9, 14). Ils reviennent, envoyés cette fois par leur maître. et lui posent une question très précise: «Toi, es-tu celui qui doit venir ou bien en attendons-nous un autre?»


Cette question peut étonner. Car, lorsqu'il prêchait dans le désert, le Baptiste avait désigné Jésus avec assurance comme celui qui doit venir. N'avait-il pas dit: «Moi j'ai besoin d'être baptisé par toi» (4, 14), après avoir présenté Jésus comme «plus fort» (4, 11) que lui?


Mais ce qui étonne Jean, ce sont «les œuvres du Christ», ses gestes de puissance et ses paroles. L'emploi de ce titre de Christ est rare dans l'évangile de Matthieu; il n'a pas été utilisé depuis le premier chapitre. Il indique bien que c'est le messianisme de Jésus qui surprend Jean. Alors qu'il a annoncé la venue d'un messie juge (3, 12), il entend parler d'œuvres qui n'accomplissent en rien ses paroles. D'où sa question: Jésus est-il bien celui qu'il a annoncé ou bien faut-il attendre la venue du véritable messie? Se serait-il trompé?
Jésus ne répond pas directement aux envoyés. Il regroupe, pour toute réponse, plusieurs prophéties d'Isaïe qui correspondent aux œuvres qu'il a accomplies. «En ce jour-là les sourds entendront […] les aveugles verront» (Is 29, 18), «les morts ressusciteront» (Is 26, 19), «alors s'ouvriront les yeux des aveugles, et les oreilles des sourds ouïront. […] Alors le boiteux sautera comme un cerf» (Is 35, 5); «l'Esprit du Seigneur est sur moi; c'est pourquoi il m'a consacré de son onction; il m'a envoyé pour évangéliser les pauvres, guérir les cœurs contrits, annoncer aux captifs la délivrance, et aux aveugles la vue» (Is 61, 1). Presque toutes ces œuvres correspondent à ce que Jésus a accompli depuis le début de sa prédication. Les pauvres évangélisés font écho à la première béatitude.
Jésus termine en invitant Jean à réfléchir à ces œuvres messianiques. Elles risquent d'être une occasion de chute pour lui, un obstacle qui peut le faire tomber. Mais elles peuvent aussi être pour lui l'occasion de dépasser sa conception du messie. Jésus sait qu'il fera ce passage et l'invite à une conversion par une béatitude: «heureux est qui n'est pas scandalisé par moi».

 


Qui est Jean? (Mt 11, 7-11)

7 Comme ils s'en allaient, Jésus commença à dire aux foules au sujet de Jean:
Qu'êtes-vous sorti voir dans le désert? Un roseau agité par le vent?
8 Mais qu'êtes-vous sorti voir? Un homme vêtu [d'habits] raffinés? Voici: ceux qui portent des [habits] raffinés sont dans les maisons des rois.
9 Mais qu'êtes-vous sorti voir? Un prophète? Oui, je vous dis, et plus qu'un prophète. 10 C'est à son sujet qu'il a été écrit: Voici: Moi j'envoie mon ange devant ta face, qui préparera ton chemin devant toi.
11 Amen, je vous dis, il n'a pas été suscité (ne s'est éveillé) parmi les enfants des femmes [un] plus grand que Jean le Baptiste; mais le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que lui.

 

Les disciples de Jean partis, Jésus s'adresse aux foules parmi lesquelles beaucoup étaient allés auprès de Jean, venant de tout le pays d'Israël (4, 5). Jésus interroge: pourquoi cette ruée au désert? Certainement pas pour le simple plaisir de voir la végétation qui y pousse. Ni non plus pour y voir un homme élégant: les habitants du désert sont vêtus pauvrement. C'était d'ailleurs le cas de Jean, vêtu d'un vêtement fait de poils de chameau (3, 4). Mais alors qu'est-ce que la foule cherchait au désert? Jésus n'attend pas de recevoir une réponse. Il pose une autre question qui met sur la voie: Un prophète? Oui, c'est bien cela que les foules cherchaient et Jésus en confirme le bien-fondé. Car Jean est bien un prophète qui comme les prophètes de l'Ancien Testament a préparé le chemin au Messie qui devait venir. Mais, dit Jésus, il est plus grand qu'un prophète. Il le montre à l'aide de l'Ecriture: «Voici: Moi j'envoie mon ange devant ta face, qui préparera ton chemin devant toi» (Mc 11, 10). La première partie du verset est la reprise d'un verset de l'Exode, où le Seigneur s'adresse à son peuple qu'il va conduire vers le pays de Canaan: «Voici: Moi j'envoie mon ange devant ta face, afin qu'il te protège dans la voie, et qu'il t'introduise en la terre que je t'ai préparée» (Ex 23, 20, LXX).


Dans la deuxième partie de Mt 11, 10, Jésus reprend un verset de Malachie; le prophète annonce que le Seigneur enverra un précurseur devant lui, avant que vienne son Jour: «Voici, je vais envoyer mon ange, qui préparera le chemin devant moi» (Ml 3, 1). Jésus introduit quelques modifications. Alors qu'en Malachie, le Seigneur annonce qu'un ange préparera «le» chemin devant «moi», Matthieu écrit: «ton chemin devant toi». L'ange du Seigneur, son messager, c'est Jean-Baptiste qui prépare le chemin devant le messie. Le verset 10 est donc mis dans la bouche du Père qui s'adresse à son Fils.


Cet agencement d'un verset d'Isaïe et d'un verset de Malachie explique donc pourquoi Jean est plus grand qu'un prophète. Il a non seulement préparé le chemin au Messie par ses paroles, mais il l'a précédé pour le désigner, pour le baptiser. L'ultime préparation lui a été confiée par le Père; il lui a été donné de voir le Messie.


Dieu a suscité tout au long de l'Ancien testament des hommes à qui il a confié une grande mission; c'était par exemple le cas de Cyrus, chargé par Dieu de faire revenir son peuple de l'exil: «C'est moi qui ai suscité Cyrus dans ma justice», dit Dieu (Is 45, 13). Jean, qui a baptisé Jésus, a été suscité par Dieu pour une mission encore plus grande; il est plus grand de tous les hommes. Cependant «le plus petit dans le Royaume des cieux est plus grand que lui». Qui est ce plus petit dans le Royaume? Probablement le moindre des disciples de Jésus. Il a déjà parlé à ses apôtres de ces «petits» (10, 42): ceux qui le reçoivent et vivent de son enseignement.


Jean, pour l'instant est surpris par les œuvres de Jésus. Il a encore du chemin à faire pour devenir un petit qui accueille Jésus et la totale nouveauté qu'il apporte, pour devenir comme Jésus.


En définitive, Dieu n'a jamais suscité un homme aussi grand que Jean, mais Jean apprendra dans sa mort à devenir un petit du Royaume des cieux.

 

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