La Bienheureuse Diane d'Andalo

 

 

Fondatrice du monastère Sainte Agnès de Bologne

fêtée le 8 juin

 

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Les Frères Prêcheurs étaient venus s'établir à Bologne en 1218, et l'année suivante, ils avaient obtenu de l'Évêque, par l'entremise du cardinal Ugolin, l'église de Saint - Nicolas - des -Vignes. La famille d'Andalo, une des plus nobles et des plus puissants du nord de l'Italie, refusa d'abord de leur céder le droit (le patronage qu'elle possédait sur cette église, et de leur vendre les terrains adjacents. Mais Dieu leur avait préparé, au sein même de cette famille, une protectrice qui devait être bientôt victorieuse de toutes ses résistances.

C'était la jeune Diane, déjà célèbre moins encore par l'éclat de sa naissance et de sa beauté, que par le charme de sa parole, l'élévation de son esprit, et l'héroïsme de ses vertus. Le Bienheureux Réginald l'avait subjuguée dès les premiers jours, comme la ville entière, par le double ascendant de sa sainteté et de son éloquence. Elle était devenue sa fille spirituelle, et avait entendu aussitôt la voix de Dieu qui lui disait au fond du coeur, comme à une Royale Épouse : Écoute, ma fille, et vois, prête l'oreille. Oublie ton peuple et la maison de ton père, et le Roi sera épris de ta beauté. « Attirée par l'Esprit-Saint, dit un chroniqueur contemporain, elle avait commencé à mépriser les pompes et les vanités du monde, et à rechercher de plus en plus les entretiens spirituels des Frères Prêcheurs.» Elle s'interposa donc en leur faveur auprès de sa famille; un plein succès couronna sa démarche, et ce fut avec une joie indicible qu'elle vit leur couvent s'élever non loin de sa propre maison. Dès lors ses vertus fleurirent à l'ombre de leur cloître.

Lorsque Dominique vint à Bologne (1219), Diane se prit à l'aimer de tout son coeur et à traiter avec lui du salut de son âme. » Le saint Patriarche touchait alors à la fin de sa carrière. Ses sueurs et ses fatigues avaient été longtemps stériles, il avait longtemps semé dans les larmes. Maintenant il recueillait dans l'allégresse, et, ravi de la merveilleuse fécondité de son apostolat, il bénissait Dieu qui lui suscitait de toutes parts des enfants et des disciples. Son coeur fut saintement ému en reconnaissant une de ses filles prédestinées dans cette jeune vierge, si richement ornée de tous les dons de la nature et de la grâce.       

Il approuva sa résolution et sans lui permettre encore de rien changer à l'extérieur, il voulut recevoir ses voeux, avant de partir pour Rome. Diane fit profession entre ses mains devant l'autel de Saint-Nicolas, en présence de maître Réginald, des autres religieux, et de plusieurs nobles dames de la ville, qui se firent à leur tour les bienfaitrices et les disciples des Frères Prêcheurs.
Diane, se regardant désormais comme une victime consacrée au Seigneur, ne songea plus qu'à renouveler chaque jour son sacrifice. Elle demeurait dans la maison paternelle de corps mais non d'esprit. Sous ces riches vêtements de pourpre et de soie, tout resplendissants de pierreries, d'or et d'argent, elle portait un rude cilice et une ceinture de fer qui meurtrissaient sa chair délicate. Le matin, elle ne sortait jamais de sa chambre avant l'heure de Tierce. Elle passait tout ce temps dans le silence, l'oraison et la retraite, et consacrait le reste du jour à faire de bonnes oeuvres et de pieuses lectures.

Bientôt après, le bruit se répandit à Bologne que Dominique, réalisant la réforme des religieuses romaines si ardemment désirée par Honorius III et son prédécesseur, venait (le fonder à Saint-Sixte (15 fév 1220) un monastère de Sœurs Dominicaines sur le modèle de Notre-Dame de Prouille. A cette nouvelle, Diane tressaillit de joie, dans l'espérance que sa patrie verrait un jour s'élever un monastère semblable, et qu'à Bologne comme à Prouille (1206), comme à Madrid (1219), comme à Rome, les Soeurs Prêcheresses vivifieraient l'apostolat des Frères Prêcheurs par leurs prières et par leurs larmes. Plusieurs dames animées du même esprit, partageaient ses espérances. Elle-même brûlait intérieurement d'imiter cette jeune religieuse de Sainte-Marie au delà du Tibre, Soeur Cécile à peine âgée de dix-sept ans, qui le jour où ses compagnes s'étaient transportées à Saint-Sixte, les avait toutes devancées dans l'heure du sacrifice, en se jetant sur le seuil même du monastère aux pieds de saint Dominique pour recevoir de ses mains l'habit de l'Ordre et lui jurer trois fois qu'elle serait fidèle à la règle jusqu'à sa mort. Elle s'empressa d'en entretenir son père spirituel, lorsqu'il fut revenu à Bologne pour y célébrer le premier chapitre général de son ordre. Dominique agréa sans peine un projet si bien en rapport avec ses propres vues, mais il ne crut pas devoir le réaliser sur-le-champ.
L'année suivante (1221), Diane lui parla de ses desseins avec plus d'ardeur que jamais. Dominique, témoin de ses rapides progrès dans la vertu, comprit que l'heure de Dieu approchait. Il s'en ouvrit avec son vieil ami le cardinal Ugolin, alors légat du pape en Lombardie. Celui-ci approuva hautement l'esprit et la vocation de Diane. Ravi de tout ce qu'il entendait dire d'elle il désira la connaître personnellement, et tous deux vinrent souvent la visiter ensemble dans la maison de son père pour lui apporter des encouragements et des espérances.

Dominique n'hésita plus. Il réunit ses frères en chapitre pour leur faire part de ses projets et leur demander conseil. " Père, lui fut-il répondu, nous ferons volontiers ce qui vous semblera bon. - Eh bien, reprit-il, avant de vous donner une réponse définitive je veux consulter le Seigneur." - Le lendemain matin, après avoir passé la nuit en prière, selon sa coutume : " Mes frères, leur dit-il, il nous faut bâtir à tout prix un monastère de Soeurs, lors même que nous devrions interrompre la construction de notre propre couvent." Et songeant qu'il allait quitter Bologne, il en donna aussitôt commission à quatre Pères des plus graves, frère Paul de Hongrie, frère Guala depuis évêque de Brescia, frère Ventura de Vérone, et frère Rodolphe de Faenza.
Toutefois les voeux de Diane ne devaient être exaucés qu'après avoir subi de longs retards et triomphé de grands obstacles. Ses parents s'opposèrent à sa vocation de la manière la plus absolue, et d'autre part l'Évêque refusa d'agréer l'emplacement choisi pour le couvent projeté. Saintement impatiente de réaliser ses désirs et ses promesses, Diane voulut tenter un effort suprême. Le jour de la fête de sainte Marie-Madeleine, elle dit à sa famille qu'elle désirait visiter le monastère de Ronzano, situé sur une des hauteurs voisines de Bologne. Elle sortit donc en grande pompe suivie d'un nombreux cortège de dames et de servantes. Arrivée au monastère elle entra toute seule au dortoir des Sœurs et demanda l'habit religieux qui lui fut immédiatement accordé. Dès que le bruit s'en fut répandu, ses parents et ses amis accoururent en foule à Ronzano, et l'arrachèrent à ce saint asile avec une telle violence qu'ils lui brisèrent une côte. Elle resta malade pendant près d'un an dans la maison paternelle, et Dominique ne pouvant plus la visiter qu'en présence de sa famille lui écrivit en secret pour la soutenir et la consoler dans cette grande épreuve.


La mort du saint Patriarche survenue le 6 août de la même année, jeta le deuil dans l'âme de Diane. Mais le Dieu  tout-puissant, qui l'avait élue avant la création du monde, ne l'oublia point. Il pitié d'elle et écarta peu à peu les divers obstacles qui s'opposaient à l'accomplissement de ses desseins.

En effet Jourdain de Saxe, élu provincial de Lombardie, arrivait peu de jours après à Bologne. En apprenant l'histoire de Diane, il se sentit pénétré pour elle d'une inénarrable tendresse. Son âme lui apparaissait comme une soeur de la sienne, et lui était révélée avec tous ces caractères de ressemblance, qui sont entre deux âmes, prédestinées l'une à l'autre, les premiers germes d'une amitié parfaite, les premiers noeuds d'une union désormais indissoluble. Comme Diane à Bologne, il avait été à Paris, sinon le bienfaiteur, du moins le disciple et l'ami des premiers Frères Prêcheurs. Comme elle, il avait eu Reginald et Dominique pour initiateurs à la vie spirituelle, et si, plus heureux, il appartenait déjà à leur famille religieuse, il n'ignorait pas qu'elle aspirait à s'y associer sans retard afin de prendre une part plus active à leur apostolat. Jourdain apprit encore de ses frères que saint Dominique leur avait recommandé à sa mort de seconder Diane dans ses projets de fondation. Il résolut donc de continuer le zèle et la sollicitude du saint Patriarche à la jeune héroïne que sa vocation et son admirable dévouement rendaient particulièrement chère à la famille naissante des Frères Prêcheurs.

De concert avec les quatre Pères qui en avaient reçu commission de saint Dominique lui-même, il choisit, près de Saint-Nicolas, dans un lieu appelé la vallée de Saint ­ Pierre, un vaste terrain sur lequel se trouvait un oratoire dédié à sainte Agnès vierge et martyre, qui donna plus tard son nom au monastère. L’évêque approuva ce choix et, quand Jourdain dû retourner à Paris afin d'assister au troisième chapitre général (1222), il put donner à Diane la ferme assurance que ses voeux allaient être enfin exaucés. Celle-ci redoubla de confiance en apprenant qu'il avait été nommé successeur de saint Dominique dans la charge de maître général  de l'Ordre. Dès que ses forces furent rétablies, elle en profita pour s'enfuir de nouveau à Ronzano, la nuit de la Toussaint. Ses parents désespérant de la retenir ne songèrent plus à lui faire violence. Elle y séjourna pendant quelques mois demandant à Dieu chaque jour de hâter l'heure où elle serait enfin la servante et l'épouse de son Fils, sous les humbles livrées des Soeurs Prêcheresses. Mais cette fois elle attendait eu paix ; elle n'avait plus rien à craindre, saint Dominique l'assistait près de Dieu dans le ciel, et Jourdain de Saxe, son successeur, veillait près d'elle sur la terre. Du haut de la colline de Ronzano, elle pouvait contempler, non loin de sa maison paternelle et du couvent de Saint-Nicolas, où vivaient tous ceux qu'elle avait de chers dans la vie, le lieu prédestiné où elle devait finir ses jours. A cette vue, elle se réjouissait dans son coeur, et bénissait Dieu en redisant avec la même foi que le Prophète :« C'est là que je me reposerai pour jamais, J'habiterai dans cette demeure parce que je l'ai choisie entre toutes. » (PS. CXXXI, 14.)


Jourdain de Saxe revint à Bologne après Paques (1223). Il rapportait à Diane le même dévouement fortifié de toute l'autorité dont il était maintenant revêtu. Son premier soin fut d'adoucir les regrets de sa famille, et de la persuader que sa plus grande consolation serait de seconder un dessein si visiblement approuvé du ciel. Il y réussit sans peine, et le  13 mai, le contrat qui mettait Diane en possession du terrain choisi pour élever le monastère fut signé dans l'église même de Ronzano, où elle avait si souvent prié et gémi devant Dieu. A la fin du mois, les bâtiments provisoires étaient prêts à la recevoir. Maître Jourdain s'y rendit pendant l'octave de l'Ascension avec les plus anciens religieux du couvent, afin d'y introduire solennellement Diane et quatre autres dames de Bologne qui avaient voulu suivre son exemple. II y retourna quelques temps après pour les revêtir de l'habit religieux. C'était le jour où l'Église célèbre la fête de saint Pierre et de saint Paul. Or, il n'ignorait point, que six ans auparavant ces saints apôtres étaient apparus à saint Dominique, dans la basilique du Vatican, pendant qu'il y priait Dieu, pour la conservation et la dilatation de son ordre, Pierre lui présentant un bâton, Paul un livre, et lui disant tous deux : va et prêche; c'est pour cela que tu es élu. Et sans doute il voulut assurer son avenir, et, dans ce but, il obtint du Souverain Pontife un bref qui lui prescrivait ainsi qu'à ses successeurs de prendre ce couvent à sa charge et de veiller sur lui comme sur une maison de l'Ordre. Il statua ensuite que les frères de Saint-Nicolas s'y rendraient chaque jour pour célébrer la sainte Messe et administrer les Sacrements...  Mais ce qui prouve par-dessus tout l'affection et le dévouement sans bornes de ce Bienheureux Père pour ce vénérable collège de vierges, ce sont les Lettres adressées par lui à soeur Diane et à ses filles.

Les devoirs de sa charge le retenaient souvent loin de Bologne. Il leur écrivait alors pour donner un libre essor à son âme, et venait les visiter par ses lettres, afin de converser encore avec elles, de les diriger dans chacun de leurs pas, de les soutenir dans toutes leurs épreuves. « Je vous en prie dans le Seigneur, a écrivait-il à Diane, peu de jours après leur première séparation, « que votre coeur ne se trouble et ne s'effraye plus. Désormais, je serai votre père, vous serez ma fille et l'épouse de Jésus­ Christ, et je prierai Dieu qu'il daigne vous prendre en sa « sainte garde. » Diane était pour lui une sœur chérie dans le Christ née d'un commun Père spirituel, une fille bien-aimée que ce même Père lui avait laissée en mourant. Depuis le jour où leurs âmes s'étaient rencontrées, elles s'aimaient en Dieu d'un amour toujours croissant, qui n'aurait pas de nom sur la terre, si Jésus-Christ lui-même n'avait pas dit à ses disciples : Je vous ai appelés mes amis.


Cette ineffable et sainte affection s'étendait sur toutes les sœurs de Sainte-Agnès. « Ce sont vos filles, » redisait-il souvent à Diane, « mais ce sont aussi les miennes, et je les chéris tendrement dans le Seigneur. » Leur présence à Bologne lui avait rendu cette ville chère entre toutes, et son souvenir le charmait en le suivant partout à travers ses pérégrinations apostoliques. Il leur écrivait un jour : «  Parmi toutes les ville de Lombardie, de la Toscane, de la France, de la Provence et presque de l'Allemagne elle-même, Bologne est le plus cher et le plus doux trésor de mon coeur. » Diane était en outre la servante de sainte Agnès, comme Jourdain était le serviteur de l'Ordre des Prêcheurs. A ce titre, elle veillait avec soin sur les intérêts temporels et spirituels du monastère, et Jourdain de Saxe l'exhortait surtout à se sanctifier en vue de ses Soeurs et de ses Filles dont les progrès dans la vertu faisaient sa plus douce consolation. Dans ses lettres, souvent dictées ou écrites à la hâte entre deux voyages, on trouve des conseils de direction pleins de sagesse, des pages du plus haut mysticisme qui révèlent à la fois le théologien et le saint profondément versé dans la connaissance et la méditation de la sainte Écriture, le maître et le praticien consommé dans l'économie des rapports avec Dieu et la vie d'union avec Jésus-Christ. Et, chose étonnante pour un chrétien, un Frère Prêcheur et un saint du XIIIe siècle, il parle avant tout de charité et d'amour, et se plaît à répéter le mot de saint Paul: La piété est d'une utilité universelle ; la mortification de la chair n'est que d'une utilité médiocre. « Ma fille,  écrivait-il à Diane, soyez prudente dans vos austérités, imposez le frein de la discrétion à tous vos actes, et tandis qu'en courant après l'odeur des parfums de votre époux, vous désirez lui offrir la myrrhe ou la mortification de la chair, réservez une place à l'or, à l'exemple de ces trois heureux mages qui apportèrent dans leurs vases pour l'offrir à Jésus-Christ de l'or, de l'encens et de la myrrhe. Il ne vous faut pas tellement remplir votre vase de myrrhe qu'il n'y ait plus de place pour l'or de la discrétion et de la sagesse. Je vous rappelle les recommandations que je vous ai faites bien des fois. Conduisez-vous d'abord vous-même avec sagesse, et prenez garde que l'épuisement du corps ou la lassitude de l'âme ne vous permette plus de pratiquer les bonnes oeuvres, de nourrir de vifs sentiments de piété, d'édifier le prochain, d'honorer Dieu, en un mot de faire tout le bien que l'indiscrétion ne tarde pas à rendre impossible. Ce bienheureux Père aimait à fréquenter les villes où se trouvaient des Universités fameuses, et surtout Paris et Bologne, où il prêchait alternativement le carême. Et partout où il s'arrêtait, les couvents ressemblaient à des ruches d'abeilles, tant était grande la multitude des Pères qui entraient ou qui sortaient.


Or le bienheureux Jourdain se faisait toujours seconder dans son apostolat par les Soeurs Prêcheresses de Sainte-Agnès, et ne manquait jamais d'en attribuer le succès à leurs prières. Au moment de partir pour Padoue après les avoir revêtues de l'habit de l'Ordre, il écrivit à Diane : « Recommandez à vos Soeurs de prier instamment Jésus-Christ de mettre sur mes lèvres une parole capable de produire des fruits de salut en son honneur.... » A peine arrivé dans cette ville, il lui écrit encore: « Je recommande à toutes vos Soeurs, mes filles bien-aimées, de prier beaucoup le Seigneur pour les clercs de l'Université, afin que Dieu daigne les ébranler et attirer à lui ceux qu'il sait nous mieux convenir pour sa plus grande gloire et celle de l'Eglise, pour leur salut et la prospérité de notre ordre. Ils sont d'une froideur extrême, et nous devons nous procurer ailleurs le feu qu'ils n'ont pas. » Enfin le succès vient couronner ses efforts et leurs prières ; il se hâte de leur en faire part en ces termes : « Réjouissez-vous et adressez mille actions de grâce au Père de tout bien. Car le Seigneur, dans sa miséricorde, a visité cette ville et répandu sur elle des bénédictions plus abondantes que nous n'aurions pu l'espérer. Découragé, en voyant que j'avais longtemps prêché à peu près en vain aux étudiants de l'Université, je songeais à partir, quand tout à coup Dieu a daigné secouer les coeurs d'un grand nombre, et féconder par l'effusion de sa grâce le ministère de ma parole. Dix jeunes gens ont déjà pris l'habit. Deux d'entre eux sont fils de comtes puissants d'Allemagne. Le premier était grand prévôt et possédait avec plusieurs autres dignités une immense fortune ; le second vraiment noble de naissance et d'esprit, jouissait de gros bénéfices. Nous comptons que beaucoup d'autres d'un mérite non moins éminent suivront leur exemple. Je vous recommande de prier instamment le Seigneur pour eux, afin qu'il réalise au plus tôt nos espérances. Adieu. »
Cependant Diane, pleine de mérites et de vertus , était atteinte depuis longtemps de cette langueur sublime, de cette nostalgie céleste qui envahit les âmes arrivées au faite de la sainteté. Tous ses désirs et ses espérances étaient maintenant réalisés ici-bas ; elle ne soupirait plus qu'après l'éternelle patrie, pour s'y précipiter dans le sein de Dieu et y retrouver tous ceux qu'elle avait aimés. L'heure approchait où l'amour plus fort que la mort allait enfin briser les liens qui l'attachaient à la terre. « O Diane, lui écrivit alors son père et son ami, ô Diane, combien nous sommes à plaindre ! Nous ne pouvons pas nous aimer sans souffrir; vous souffrez en effet, vous vous attristez de ce qu'il ne vous est point donné de me voir sans cesse, et moi je m'attriste et je souffre de ce que je jouis si rarement de votre présence. Oh! qui nous conduira dans cette ville forte, dans la cité du Dieu des vertus fondée par le Très-Haut lui-même, où nous n'aurons plus à languir et à soupirer loin de lui et loin l'un de l'autre? Ici-bas nos coeurs sont déchirés, broyés chaque jour, et la conscience de nos propres infirmités nous fait pousser souvent ce grand cri : qui nous délivrera enfin de ce corps de mort ? »
Ces voeux furent bientôt exaucés. Dieu prit pitié de ces deux âmes et ne voulut pas prolonger les tristesses de leur sépa­ration et de leur exil. Diane devait mourir le 10 juin 1236, et Jourdain de Saxe le 13 Février de l’année suivantes.

 

Ed L'Année Dominicaine 1865

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