Homélie du 30 octobre 2016

31e DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE

 

Lourdes, dimanche 30 octobre 2016. Lc 19, 1-10.

 

Introduction

L'histoire de Zachée, assis sur sa branche, espérant voir Jésus sans être vu lui-même, montre comment la bonne nouvelle est reçue avec joie et action de grâce. « Zachée, descend vite..., et il reçoit Jésus avec joie », mais suscite tout aussitôt les récriminations, les attaques qui pleuvent contre Jésus ; « Voyant cela, tous récriminaient »... Ce qui fait dire à Saint Grégoire de Narek — né entre 945/951-1003/1010,  théologien, poète et philosophe d'Arménie — :


« Je ne me suis pas élevé
de cette terre misérable
comme Zachée le publicain,
sur l'arbre élevé de la Sagesse,
pour te contempler dans ta divinité ».

 oooOOooo

Zachee

 

Mes Sœurs,

« Dans quel monde vivons-nous ? », se demande un prédicateur. À bien y regarder, nous vivons dans un monde rempli de brutes, où l'on croise parfois quelques bons.

La brute, c'est la foule qui empêche Zachée de voir qui est Jésus. Cette foule se nourrit de la rumeur, de la diffamation, de la haine de l'autre. « Tous murmuraient : il (Jésus) est allé loger chez un homme pécheur ».Cette foule propage le mal, elle fait obstacle entre les plus petits et ce qui est porteur de vie ; elle fait écran.

L'attitude de Jésus contraste avec celle de la foule : Jésus l'observe mais ne s'adresse pas à elle. Il fait preuve d'humilité, comme il le fera face à la foule qui s'est agglutinée autour de la femme prise en flagrant délit d'adultère : Jésus évite l'affrontement en évitant de renvoyer par son regard l'expression des visages hostiles ; ici c'est envers Zachée. Pourquoi Zachée est-il traité de pécheur par la foule ? Parce qu'il est chef des collecteurs d'impôts. À ce titre, il bénéficie d'une réputation déjà bien établie à l'époque de voler l'argent du contribuable en s'en mettant une partie dans la poche, c'est ce qu'on peut conclure vers la fin de l'histoire. À cela il faut ajouter qu'il est considéré comme traître à sa patrie car il collabore avec l'envahisseur romain en collectant des fonds qui iront directement dans les caisses de l'Empire. Voyou et traître, cela fait beaucoup pour un seul homme, mais c'est cet homme-là que Jésus décide de rencontrer. Et c'est ainsi qu'il va transformer son identité de fond en comble.

Jésus lève la tête et passe par-dessus la foule et il s'adresse à une personne, Zachée, perché sur son arbre. En s'invitant chez lui, Jésus arrache Zachée à la foule, il préfère qu'il rejoigne l'intimité de sa maison, loin de l'espace publique. Du côté de Zachée, ce qui aura été déterminant, c'est sa volonté de voir qui est Jésus, de faire sa connaissance. Au commencement, il y a une saine curiosité, une curiosité qui n'a vraiment rien d'un vilain défaut. C'est cette curiosité de départ qui va changer sa vie, qui va lui permettre d'être transformé en profondeur et de quitter ses habits du truand pour retrouver figure humaine, devenir fils d'Abraham, reprendre sa place dans le peuple des enfants de Dieu — promesse qui retentit à chaque baptême.

La curiosité débouche sur quelque chose d'inattendu et même d'inespéré : Zachée va se révéler dans sa bonté originelle.

Outre la curiosité de départ, il y a l'action bienveillante de Jésus, qui est véritablement 'Christ' pour Zachée en lui permettant de se libérer de cette étiquette de pécheur qui lui colle à la peau. L'action de Jésus, nous le constatons une fois de plus, s'adresse à ceux qui semblent en être les plus éloignés, ceux pour lesquels tout espoir semble définitivement perdu. Jésus affirme ainsi qu'il n'y a pas de fatalité, qu'il n'y a pas de destin inéluctable auquel nous ne poumons être arrachés. Jésus affirme qu'il est possible de sauver ce qui semble perdu. Cela est vrai pour Zachée condamné à n'être qu'un truand, cela est vrai pour chacun de nous lorsque nous avons l'impression d'être empêtrés dans des impasses de la vie, lorsque notre horizon est totalement bouché, et que notre quotidien n'est plus qu'un long et triste hiver. En s'invitant chez Zachée, Jésus montre que notre vie quotidienne peut être changée de fond en comble ; l'Évangile devient cette annonce qu'il n'est pas un aspect de notre existence, qui serait dans l'impossibilité d'être restaurée dans sa capacité à porter la vie et ce qui fait vivre. Le ministère de Jésus révèle qu'il y a encore moyen de remettre en route ce qui a été figé.

Dans la perspective de Jésus, cela ne se fait pas par la contrainte, le changement d'attitude de Zachée n'est pas le résultat d'une menace, mais d'une présence, bienveillante, qui sort l'homme de l'anonymat de la foule, qui le replace dans une famille spirituelle et qui fait confiance. C'est parce qu'il se tient debout, dans un face à face avec Jésus, que Zachée — l'homme de petite taille, en même temps minable —, décide de changer de vie, de mettre fin à ses pratiques douteuses.

Comme dit un auteur (Raphaël Picon) : « Jésus a entrepris la traversée du désordre pour rejoindre Zachée dans son chaos » pour que celui-ci devienne ce que Dieu l'appelle à être. Libre d'après James Woody.

 

  Zachee1 

Haut de la page