Monastère des dominicaines de Lourdes

 

La face cachée de la vie des moniales

10 janvier

L'acédie

L'acédie n'est pas sans lien avec la tristesse, la dépression, le dégoût des choses de Dieu. Sa racine est un amour égoïste de soi qui s'accompagne des caractéristiques de plusieurs autres vices. Elle est liée à un sentiment de vide, à une frustration. On pourrait dire que c'est la maladie de notre époque. Celui qui est en proie à l'acédie rêve de ce qu'il n'a pas; il est dégoûté du quotidien monotone et dépourvu de sens, et il cherche à s'en évader pour y échapper. Toutes les sollicitations de la publicité attise ses désirs dans toutes les directions. Les voyages, le niveau de vie, un emploi de rêve, autant de choses qui le font vivre dans un ailleurs.
Les moniales n'échappent pas à cette maladie qui se manifeste le plus souvent vers la moitié de la vie. C'est la maladie de la cinquantaine… qui prend une forme propre dans un monastère: désir de rencontrer des gens, de s'occuper de mille affaires extérieures, de rendre visite à quelqu'un en difficulté, bref tout ce qui peut faire sortir de la clôture, échapper au silence, à l'ennui de la prière. En effet,  à quoi sert-il de passer tant de temps à prier, alors que Dieu n'attire plus? Ne serait-il pas plus utile à l'Eglise, de changer de vocation? d'aller évangéliser? de travailler pour l'écologie? Celle qui est atteinte par ce dégoût spirituel se plaint sans cesse des autres sœurs: elle les trouve remplies de défauts, dépourvues de tout sens de la vie religieuse; elles sont négligentes et peu spirituelles; la communauté n'a pas d'avenir avec des sœurs pareilles! Bref, il est impossible de faire des progrès en pareille compagnie… le mieux est donc de partir. Un pas de plus est alors franchi, et c'est l'abandon de son engagement, le changement de communauté à répétition, en quête de la communauté idéale.
Comment guérir d'une semblable maladie? En revenant dans la réalité par la persévérance dans le travail, la stabilité dans un lieu quoi qu'il en coûte. Et au plan spirituel, il est important de réorienter son désir vers Dieu, car Dieu seul peut le combler. La lecture de l'Ecriture, l'étude sont aussi des aident précieuses: la mise à contribution de l'intelligence aide à se décentrer de soi-même. (à suivre)

3 janvier

La tristesse


Il est première forme de tristesse qui, comme la joie, fait partie de notre condition humaine. On peut être triste aussi devant la lenteur de sa propre conversion, et cette tristesse est bonne. Mais il est une troisième forme de tristesse qui fait partie des vices et on la reconnaît à ses fruits. Elle s'accompagne d'un repli sur soi, d'un découragement. Elle peut conduire au désespoir et même au suicide en son extrême aboutissement, pour échapper au vide intérieur. En effet, la cause de la tristesse est en nous. Ses causes sont variées. Elle envahit le cœur lorsqu'on perd ce à quoi l'on était attaché, ou encore lorsqu'un espoir a été déçu. La colère éteinte laisse aussi de la tristesse dans le cœur. Les autres semblent parfois être cause de notre tristesse. Une sœur, par exemple, qui semble déprécier mon travail peut me rendre triste ; une autre, qui ne lance une parole blessante sans raison, peut aussi me rendre triste ; de même la déception de ne pas pouvoir réaliser un espoir qui me tenait à cœur , une humiliation, etc. Mais il ne faut pas se faire illusion: la vraie cause de la tristesse, c'est de trop tenir à des choses passagères, qui ne peuvent donc pas combler mon désir ; l'autre ne fait que me le révéler. Essayer d'éviter les personnes qui font naître la tristesse en moi peut paraître une solution, mais c'est une illusion, car c'est uniquement changer de cause. En effet, la vraie cause et au-dedans de soi.
Le remède à la tristesse est simple : un cri vers Dieu dans l'adversité. Si mon espérance est en Dieu, si ma joie est dans la vie éternelle, dans une ardente attente de voir le Seigneur et de jouir du bonheur qu'il veut me donner, alors je ne ferai même plus attention à tout ce qui peut provoquer de la tristesse. Mais il est d'autres remèdes à la tristesse : la patience, la douceur. Ne pas avoir tout tout de suite, ne pas pouvoir réaliser ses désirs, peut rendre triste, mais peut aussi fortifier la patience, la capacité de supporter l'adversité en restant ancrée en Dieu. D'ailleurs, comment progresser dans la patience, sans renoncer à tout ce qui n'est pas Dieu ? « Dieu seul », cet idéal devient peu à peu, à travers les renoncements de la vie quotidienne, une réalité qui met en fuite la tristesse. (à suivre)

 

3 janvier

La tristesse

Il est première forme de tristesse qui, comme la joie, fait partie de notre condition humaine. On peut être triste aussi devant la lenteur de sa propre conversion, et cette tristesse est bonne. Mais il est une troisième forme de tristesse qui fait partie des vices et on la reconnaît à ses fruits. Elle s'accompagne d'un repli sur soi, d'un découragement. Elle peut conduire au désespoir et même au suicide en son extrême aboutissement, pour échapper au vide intérieur. En effet, la cause de la tristesse est en nous. Ses causes sont variées. Elle envahit le cœur lorsqu'on perd ce à quoi l'on était attaché, ou encore lorsqu'un espoir a été déçu. La colère éteinte laisse aussi de la tristesse dans le cœur. Les autres semblent parfois être cause de notre tristesse. Une sœur, par exemple, qui semble déprécier mon travail peut me rendre triste ; une autre, qui ne lance une parole blessante sans raison, peut aussi me rendre triste ; de même la déception de ne pas pouvoir réaliser un espoir qui me tenait à cœur , une humiliation, etc. Mais il ne faut pas se faire illusion: la vraie cause de la tristesse, c'est de trop tenir à des choses passagères, qui ne peuvent donc pas combler mon désir ; l'autre ne fait que me le révéler. Essayer d'éviter les personnes qui font naître la tristesse en moi peut paraître une solution, mais c'est une illusion, car c'est uniquement changer de cause. En effet, la vraie cause et au-dedans de soi.
Le remède à la tristesse est simple : un cri vers Dieu dans l'adversité. Si mon espérance est en Dieu, si ma joie est dans la vie éternelle, dans une ardente attente de voir le Seigneur et de jouir du bonheur qu'il veut me donner, alors je ne ferai même plus attention à tout ce qui peut provoquer de la tristesse. Mais il est d'autres remèdes à la tristesse : la patience, la douceur. Ne pas avoir tout tout de suite, ne pas pouvoir réaliser ses désirs, peut rendre triste, mais peut aussi fortifier la patience, la capacité de supporter l'adversité en restant ancrée en Dieu. D'ailleurs, comment progresser dans la patience, sans renoncer à tout ce qui n'est pas Dieu ? « Dieu seul », cet idéal devient peu à peu, à travers les renoncements de la vie quotidienne, une réalité qui met en fuite la tristesse. (à suivre)

30 décembre

L'orgueil


L'orgueil est l'aboutissement de la vaine gloire, tout comme le papillon est l'aboutissement du ver. La forme d'orgueil la plus répandue consiste à se glorifier des dons reçus de Dieu: une belle voix, un don artistique, une large culture, des relations mondaines.
L'orgueilleux vit du regard des autres et craint en permanence d'être déprécié. Il a la hantise d'être renvoyé au manque qu'il sent au plus profond de lui-même, à ses limites. Il sait qu'il ne peut avoir une totale confiance en lui-même, sur laquelle il pourrait s'appuyer ; mais il refuse de mettre sa confiance en Dieu. Cela le conduit à mépriser le prochain qu'il rend responsable de tous ses maux, à s'élever au-dessus de lui, à ne plus supporter de recevoir de reproches de qui que ce soit. Il se croit persécuté par tout le monde, incompris et pas apprécié à sa juste valeur, au lieu de se soucier de plaire à Dieu. Extérieurement la timidité, le repli sur soi, le rire sonore, sont des façons de donner le change.
Il est un point où l'orgueil se glisse, qui est tout à fait d'actualité. Les médias, aujourd'hui, font mousser les nouvelles communautés où il y a beaucoup de jeunes, et cherchent à mettre en avant nombre de choses mondaines — une liturgie somptueuse, des dons extraordinaires, les foules qu'elles attirent, une activité commerciale florissante — pour capter l'attention de leurs lecteurs ou auditeurs. Les communautés vieillissantes de moniales, qui ont vécu dans la fidélité au milieu de multiples épreuves, ne présentent pas grand intérêt de ce point de vue. Qui s'en soucie?
Les premières sont tentées de succomber à l'orgueil que font naître la gloire du nombre et de la jeunesse, sur des racines spirituelles encore fragiles. Les secondes ne sont pas à l'abri de tout danger, bien que le risque soit inverse. La tentation est grande de se lamenter sur leur petit nombre et sur l'âge avancé. Dans les deux cas, la maladie en cause est la même: l'orgueil, qui fait trouver sa gloire dans ses richesses, ou conduit, au contraire, à se décourager de sa pauvreté. Le résultat aussi est le même: la pureté du cœur est en fuite. (à suivre)

23 décembre

La vaine gloire

La vaine gloire se caractérise par une estime de soi qui dépasse une saine perception du réel. Le vaniteux est toujours occupé à savoir si l'estime des autres est à la hauteur de celle qu'il se porte. Il s'inquiète peu du regard de Dieu, même s'il semble faire le bien pour le servir. Il cherche la gloire qui vient des hommes et non pas celle qui vient de Dieu.
La plupart des vices se démasquent facilement par leur effet mauvais, la vaine gloire au contraire se mêle aux actes les plus divers, et pour commencer aux biens visibles. Elle prend d'abord pour cible tout ce qui peut donner à quelqu'un un «plus» par rapport aux autres: l'avoir, le pouvoir, les qualités naturelles. Elle est beaucoup plus insidieuse que les autres vices, car elle se mêle aussi aux biens invisibles que sont les vertus: elle cherche à les détruire. Elle pousse le vaniteux à en reporter la valeur à ses propres mérites et à en majorer l'importance à ses propres yeux. Or elles sont don de Dieu.
La vaine gloire peut prendre l'apparence d'une vertu. Ainsi, contrairement aux autres vices, elle peut être un stimulant pour les commençants car les bonnes habitudes prises sous l'effet de la vaine gloire sont un acquis! Elle est toujours prête à retrouver sa vigueur quand le combat l'a affaiblie: elle change seulement son point d'attaque, car tout est bon pour elle.
Le vaniteux aime à être vu des hommes, à susciter l'admiration. Il faut donc se méfier des louanges comme de la peste, car elles mettent donc toujours en danger. La vaine gloire fait vivre dans l'imaginaire, dans le rêve; les idées de grandeur ou les chimères remplacent la réalité. Elle s'accompagne souvent de la jalousie: le vaniteux supporte difficilement que l'autre ait quelque chose qu'il n'a pas lui-même. Il s'attriste du bonheur de l'autre et en devient envieux.
Comment venir à bout de ce vice récalcitrant et chronique? En mettant sa délectation dans le bonheur promis par Dieu et qui est goûté dans la prière. Le remède le plus efficace est le désir de passer inaperçu, l'amour de ce pour quoi les autres n'ont guère d'estime. Comme ce combat ne se termine qu'au moment de la mort, une constante vigilance est nécessaire.

17 décembre

La colère

La colère est un vice très répandu. Elle peut être bonne quand nous l'exerçons pour lutter contre nos mauvaises tendances. La plupart du temps, pourtant, il faut le reconnaître, la colère est un vice. Mais il est si généralisé, que tout le monde finit par s'y habituer, malgré les mises en garde si fréquentes de l'Ecriture. La colère commence par un remue-ménage intérieur qui se traduit par des paroles, puis par de l'agitation, des cris, des injures… En bref, elle met dans un état où l'on est incapable de se maîtriser. Elle est un vrai feu dévorant !
Comme tous les vices, la colère repose sur une illusion: croire que l'on est dans son droit, alors qu'on cherche en réalité à se faire justice. Loin de faire le bien, le coléreux satisfait sa passion de vengeance à l'égard de celui qui a commis une faute.
La lutte contre la colère se mène sur un double front: contre la colère de notre propre cœur et contre la violence présente dans le cœur de nos proches qui éveille un désir de vengeance. Elle ne vient pas du fait que l'autre se soit laissé entraîner au mal, mais de la répercussion de ce mal sur soi. La colère ne guérit donc pas le prochain de sa violence, du mal qu'il a fait, mais elle satisfait notre impatience devant ses défauts. Et le souvenir des injures que nous avons subies, des blessures reçues, entretient la colère dans notre cœur; il manifeste la présence en nous d'une colère invétérée. Or se mettre en colère, c'est perdre la pureté de cœur, aussi rien ne peut la justifier.
Les causes de la colère sont multiples. La plus fréquente vient du fait que nous aimons posséder seul, au lieu de partager. Si l'on veut nous prendre quelque chose, spontanément nous résistons. Et pourtant, en cédant ce que l'autre convoite, nous désamorçons en nous l'impulsivité de la colère et conservons la paix du cœur. La vie commune fournit mille occasions de faire cet exercice!
Le seul moyen pour guérir de la colère est de la contrecarrer en pratiquant l'humilité, la douceur. La partie est gagnée lorsque nous nous rendons compte que la cause de la colère est en nous: l'autre est seulement le révélateur du vice caché dans notre cœur. Mais nous manquons de jugement en ce domaine.

10 décembre

La gourmandise

Il est nécessaire de regarder quatre vices de plus près: la gourmandise, la colère, la vaine gloire et l'orgueil, car ils sont les plus répandus. Si on les laisse prospérer, ils dégradent peu à peu les relations avec les autres. Le premier, la gourmandise, est lié à un besoin vital du corps. Or la juste mesure dans notre relation aux aliments est chose difficile. Il faut savoir qu'un manque de tempérance en ce domaine repose sur une illusion: sous prétexte de nourrir le corps, ce qui est une nécessité, l'esprit cherche une jouissance désordonnée. La gourmandise est donc une forme d'hypocrisie.
La gourmandise prend deux formes: soit elle fait devancer l'heure des repas, soit elle fait manger avec excès. La modération doit donc servir à apprécier l'usage que nous faisons de la nourriture. Nous devons la prendre dans la mesure où elle est nécessaire pour soutenir les forces de notre cœur, sans jamais satisfaire complètement notre désir. Chacun est donc renvoyé à sa conscience pour savoir ce qu'il doit manger. Il est conseillé de prendre chaque jour une quantité raisonnable de nourriture, plutôt que de jeûner et de faire ensuite des excès. Si l'on ne s'exerce pas à maîtriser son corps, il sera difficile de lutter contre les maladies spirituelles que sont la vaine gloire, l'orgueil. La tempérance peut porter aussi sur une autre forme de gourmandise beaucoup plus dangereuse: la médisance, la colère, l'envie, la vaine gloire, toutes les passions qui portent atteinte au prochain. Il est indispensable d'allier la maîtrise de l'âme à la maîtrise du corps.
Comme tous les vices sont solidaires, la relation à la nourriture peut être perturbée par d'autres vices, comme la vaine gloire ou la colère. La vaine gloire simulera une abstinence apparente de nourriture, car céder à la gourmandise n'est pas glorieux; la colère peut provoquer boulimie ou anorexie.
La tempérance dans la nourriture n'est pas une fin en soi comme l'est le jeûne pratiqué en vue d'un bien-être, elle est orientée vers la pureté de cœur, vers la charité. (à suivre)

3 décembre

Huit vices

Pour combattre les maladies de l'âme, il est indispensable de les connaître. Il y a en effet huit vices qui sont en chacun à l’état latent, comme des germes de plantes prêts à pousser au premier arrosage. C'est d'abord la gourmandise, ou gloutonnerie; puis la luxure; l'avarice qui est l'amour de l'argent; la colère; la tristesse; l'acédie qu'on peut appeler aussi inquiétude, ou dégoût du cœur; le septième vice est la vaine gloire ou jactance; et le dernier: l'orgueil. Ces vices peuvent se répartir en deux sortes; car les uns sont naturels, comme la gourmandise, les autres ne le sont pas, comme l'avarice.
Du point de vue de leur mise en œuvre, les vices se subdivisent en quatre groupes. Certains ont besoin du support du corps, ainsi la gourmandise et la luxure; pour d'autres cela n'est pas nécessaire, comme pour l'orgueil et la vaine gloire. Certains reçoivent l'impulsion d'une cause extérieure: c'est le cas de l'avarice et de la colère, mais d'autres sont éveillés par des motions intérieures, ce qui est le cas de l'acédie et de la tristesse.
Tous les vices sont en nous, mais nous ne les mettons pas tous en œuvre en même temps. Certains sont d'ailleurs incompatibles: comment exercer en même temps la colère et la vaine gloire? La colère n'a rien de glorieux! Si tous les vices sont néfastes pour la santé de l'âme, on peut cependant faire une exception pour la vaine gloire. Elle contribue parfois à un progrès spirituel, car pratiquer une vertu par vaine gloire crée une habitude bonne et quand vient le jour pour l'âme de lutter contre la vaine gloire, l'habitude de la vertu demeure.
Les huit vices sont comme les racines d'un arbre: ils contribuent tous à la luxuriance du feuillage des passions. Notons que « passion » est pris dans son sens négatif; il ne s'agit pas des mouvements de l’appétit sensible.
Tous les vices ne présentent pas le même danger pour tous. Il y en a toujours un plus corrosif, plus violent. Si on prend la comparaison du serpent, ce vice principal est comme la tête, car c'est par la tête que vient la morsure venimeuse! (à suivre)

26 novembre

La grâce

Avant d'aller plus loin une question se pose. Que faire, lorsque l'attention aux pensées qui montent de notre cœur nous a fait découvrir les maladies de notre cœur ? Se mettre au travail ? Oui, mais comment ? Ce combat dépasse nos forces. En fait, c'est Dieu qui nous a donné de voir les impuretés de notre cœur, et c'est lui qui va le purifier. Il faut ouvrir notre cœur devant lui, sans crainte de lui déplaire, même si l'on se déplaît à soi-même, parce que c'est commencer à plaire à Dieu que de se déplaire. N'est-ce pas faire un progrès dans la vérité de ce que nous sommes ? Et le Seigneur ne peut venir guérir que ce que nous lui offrons ; il ne force pas notre cœur.
Dans un premier temps, Dieu, voyant notre bonne volonté, accourt à notre secours. Il fait tout. Un tout petit enfant n'a-t-il pas besoin que ses parents fassent tout pour lui ? Puis vient le moment où ils vont le mettre debout pour lui apprendre à marcher. De même, dans la vie spirituelle, il est indispensable que notre liberté grandisse, se fortifie. Nous apprenons ainsi peu à peu à collaborer avec le Seigneur. Mais il ne faudrait pas croire que notre volonté soit juxtaposée à la volonté de Dieu, comme deux chevaux d'un attelage. La grâce de Dieu pénètre notre volonté comme l'huile dans une éponge. Nous agissons avec sa grâce ; la grâce est source de notre agir et l'accompagne et pourtant notre agir vient pleinement de nous. Les mots sont insuffisants, pour dire comment cela est possible.
Notre Père ne refuse son soutien à personne. Si notre bonne volonté est entière, nous pourrons progresser, avec son aide, dans la purification de notre cœur qui deviendra charité : telle est la guérison qui n'est autre que la divinisation par la charité. C'est le terme d'un long combat qui allie l'effort persévérant à un grand abandon à Dieu. Nous devons reconnaître notre faiblesse et notre impuissance spirituelle, l'offrir au Seigneur et plonger dans l'abîme de l'humilité ; alors le Seigneur nous aidera. Cela peut paraître simple, mais c'est peut-être le plus difficile. (à suivre)

22 novembre 2019

Des pensées aux passions

Les pensées involontaires non maîtrisées conduisent, par un lent processus, à la passion, à l'habitude invétérée. Le combat doit donc se mener non seulement contre les vices, mais aussi contre les passions déjà installées dans notre cœur. Il est important de connaître comment se forment les passions.
Le premier mouvement naît à la vue d'un objet qui sollicite notre attention: c'est la suggestion. Par exemple, le souvenir d’une parole désagréable peut amener le trouble en suscitant cette pensée: J’ai de quoi répondre à la première occasion! Le premier embryon de la colère est là. Mais au lieu de prendre conscience que le vice de la colère est en train de se réveiller, c'est l'autre qui est mis en cause. Or l’autre n’est que le facteur déclenchant de quelque chose de beaucoup plus profond, qui rompt la relation avec Dieu et avec les autres. En réalité, le vice est en moi, ce n’est pas l’autre qui l'y met.
Si la suggestion est accueillie, si on lui donne son consentement, c’est le péché: la décision est prise de passer à l'acte. L'âme se délecte par avance de l'objet entrevu qui lui apparaît comme un bien désirable. Elle s'y porte de tout le poids de son désir, bien qu'en imagination seulement. Exemple: je dirai une parole blessante à la première occasion. Puis, lorsque le péché se renouvelle et devient une habitude, la passion s’installe… et elle est beaucoup plus difficile à déraciner qu’une pensée.
Enfin la captivité ligote le cœur. Elle est un entraînement violent et involontaire, un attachement à l'objet convoité qui présente une apparence de bien. Elle empêche tout combat contre la tentation. La captivité dissipe en quelques instants les vertus laborieusement acquises. Cela se produit, par exemple, quand un violent désir de vengeance met le trouble dans le cœur. Cependant, la gravité de la captivité varie avec les circonstances et la nature de l'objet convoité.
Il est donc nécessaire de combattre, de rejeter les pensées mauvaises dès leur apparition en nous, pour ne pas arriver à une habitude invétérée. (à suivre)

15 novembre 2019

Un médecin expérimenté


Nos pensées peuvent être bonnes ou indifférentes, provenir des vices ou encore du diable par suite d'un lien contracté; c'est la troisième catégorie qui nous intéresse ici. Les identifier est la base du combat spirituel: «II faut toujours examiner avec un sage discernement toutes les pensées qui naissent dans notre cœur, disait un ancien; en découvrir tout d'abord la source et la cause; et reconnaître de qui elles viennent, afin de nous conduire à leur égard selon le mérite de ceux qui les inspirent.» Pour ne pas errer sans fin, il faut l'aide d'un médecin expérimenté. Mais comment reconnaître si un médecin est habile et compétent?
La connaissance des chemins de guérison du cœur se puise dans une vie d’intimité profonde avec le Christ. Impossible de connaître ce qu’il y a dans le cœur de l’homme, sans être descendu dans les profondeur du sien. Il est alors possible de conseiller les autres, de comprendre quel combat se livre chez celui qui demande conseil, sans avoir reçu de confidences de sa part, et avant même qu'il en ait pris conscience. Un tel guide apprendra au commençant à connaître, non seulement les maladies déclarées, mais celles qui viendront plus tard. Ceci est rassurant: les maladies qui logent dans les replis de notre cœur sont communes à tous, puisque quelqu'un d'autre que soi en a connaissance; elles sont universelles et ne sont pas une tare personnelle. Un médecin expérimenté est solidaire de ceux qui lui demandent conseil; aussi, loin de se sentir jugé, le débutant perçoit qu'il est compris de l'intérieur et il éprouvera même de la joie à découvrir les maladies secrètes de son cœur. Il se met au travail d'un cœur joyeux. Les paroles de son «médecin» lui apprennent peu à peu à prévoir, à lutter et à vaincre.
Cette science prend du temps pour être maîtrisée. Aussi le plus urgent est de contenir les pensées quand elles envahissent notre esprit, de leur résister dès leur apparition et d'essayer de les rejeter au plus vite. Si l'on enferme un serpent, ou un scorpion, dans un vase qu'on a soin de bien boucher, avec le temps l'animal meurt. Il en est de même des pensées mauvaises; si on garde patience, on a la consolation de les voir cesser. (à suivre)

8 novembre 2019

Interroger les pensées

Nous poursuivons notre chemin, dans la découverte du combat quotidien à livrer contre les pensées qui font obstacle à la charité. Nous avons vu que les pensées sont les messagères d'un cœur malade. Il est donc de la plus haute importance de les interroger pour décrypter leur message. Nous ne sommes pas entraînées par elles, comme si nous n'étions pas libres à leur égard. Elles montent en nous, mais ne sont pas nous. Il faut dialoguer avec elles comme avec un étranger qui se présente à la porte: Venez-vous de Dieu ou de l’ennemi? Cela permet de prendre de la distance à leur égard et de pouvoir les combattre. «Les anciens disaient: "A toute pensée qui survient en toi, dis: es-tu des nôtres, ou viens-tu des ennemis?" (Jos 5,13) et certainement elle l'avouera.»
Cette démarche ouvre une brèche dans le repli sur soi, elle met en fuite la peur de soi-même; car lorsque un flot de pensées monte en soi le premier mouvement est de les fuir. Or il faut les regarder en face, capter leur contenu en les scrutant avec objectivité sans biaiser. Au premier abord, cette démarche pourrait sembler plus proche du stoïcisme que de l'abandon à Dieu. Mais elle est l'œuvre de Dieu et la nôtre, inséparablement. Nous devons collaborer à l'œuvre de Dieu en utilisant tout ce qu'il nous a donné: un cœur pour discerner, pour penser. Il ne fait pas le travail à notre place. Or tout travail demande un apprentissage: il faut non seulement avoir des connaissances à son sujet, mais encore apprendre à les mettre en pratique. Qui se lancerait dans de la menuiserie sans rien avoir appris sur la question? le maniement des machines pourrait être dangereux, même si l'on a une confiance totale en Dieu! Il en est de même pour l'art de gérer ses pensées. Il est dangereux de s'y lancer sans rien savoir. Il ne faut pas nous laisser submerger par elles dans un complet désordre, en leur laissant prendre les rennes de notre conduite. Il faut prendre du recul, les voir venir de loin. Il faut leur demander si elles apportent la paix ou la guerre, qui les envoie, où elles cherchent à nous entraîner. Il faut alors, devant sa conscience, faire un choix: soit les laisser entrer en nous, soit leur fermer la porte de notre cœur, de notre adhésion. Pour cela, il faut crier vers Dieu et demander son aide. Il est tellement plus facile de suivre toutes nos envies.
(à suivre)

29 octobre 2019

Les pensée, messagères du coeur malade

La clé de la guérison du cœur réside dans l’attention aux pensées. Au lieu de les considérer comme des distractions à chasser, il faut y prêter une grande attention. Une comparaison peut aider à comprendre la relation entre les pensées et notre cœur malade. Prenons un vase contenant du parfum. L'odeur qui s'en dégage suffit à faire connaître la qualité du parfum. Il en est de même pour notre cœur: les pensées sont comme le parfum qu'il répand. Des pensées mauvaises sont le signe d'un cœur dispersé, divisé sous l'emprise des vices. Au contraire, des pensées de paix sont le signe d'un cœur pétri par les vertus, unifié en Dieu. D'où l'importance capitale d'apprendre aux jeunes à discerner la qualité de leurs pensées. En y prêtant attention, en effet, nous apprenons à connaître les vices cachés qui n'émergent pas à notre conscience et qui gangrènent notre cœur. Pour cela, il faut avoir la science du médecin qui peut découvrir les maladies, grâce aux signes qu'il découvre en interrogeant et en examinant un malade. Cette approche du cœur est aux antipodes de l'introspection ou d'une analyse psychologique. Il ne s'agit pas d'explorer ce qui est caché dans le cœur, mais de porter son attention sur ce qui en émane.
Il est donc important de discerner les pensées mauvaises le plus vite possible, mais comment les percevoir? Il faut, avant tout, faire silence. La clôture, qui fait taire les bruits extérieurs, est d'un grand secours, car le silence extérieur permet de percevoir dans le cœur un autre bruit, plus sournois. C'est le bruit provenant de nos multiples pensées. Dans un premier temps, on risque de ne rien entendre, tant nous sommes habituées à leur libre va-et-vient dans le cœur. Le plus urgent est donc de fermer la porte de son cœur, car alors on découvre les pensées qui s'y bousculent pour entrer: si les pensées sont en nous, elles ne sont pas nous; elles nous sont étrangères. Nous ne sommes pas identifiées à elles, ni entièrement déterminées par elles. D’où la possibilité de lutter contre elles. Il faut apprendre à les voir venir de loin, à se tenir dehors pour combattre. Bref, il est indispensable de prendre une distance par rapport aux pensées. Mais comment?
(A suivre)

22 octobre 2019

Les pensées

En arrivant au monastère, on fait une étrange expérience. Nous ne sommes plus encombrées par tout ce que nous avons laissé derrière nous, mais des pensées multiples prennent la place. Désirs, jugements, sentiments, raisonnements, encombrent l'esprit. L'expérience de Dieu espérée semble mise en échec et tout semble aller de mal en pis. La tentation arrive sournoisement: est-ce qu'il ne faudrait pas mieux partir?
Paradoxalement, alors que l'on cherche à rencontrer Dieu dans une grande paix du cœur, une autre rencontre a lieu: la rencontre avec soi-même. Et un constat s'impose: nous sommes malades. Ceci est vrai de chacune, si toutefois l'on consent à rester en silence quelque temps sans se fuir.
Un ancien moine explique: «Ne nous étonnons pas de nous voir plus troublés et plus agités par nos passions au commencement de notre retrait du monde que lorsque nous étions engagés dans le monde. Car il faut que les causes de nos maladies se manifestent par leur effet, pour pouvoir recouvrer ensuite une parfaite santé. Or nos passions étaient cachées, comme des bêtes farouches et nous ne les voyons pas en étant dans le monde.»
La connaissance de ce qui encombre le cœur et la tête est un élément clef de la vie spirituelle. Ce n’est pas sans raison que nous disons au début de la messe: «Je confesse à Dieu [...] et je reconnais devant mes frères que j’ai péché en pensée, en parole et par action.» Nous péchons en pensée, souvent sans le savoir. Et pourtant, chaque fois que nous péchons, c'est par une pensée que le péché prend naissance. Il est donc indispensable de découvrir les pensées qui nous agitent à notre insu. Pour cela, il faut commencer par rechercher les signes qui nous permettront d'identifier les pensées mauvaises et faire ensuite un bon diagnostic ou plus exactement, en utilisant le vocabulaire spirituel, un bon discernement. On pourra alors chercher les causes de la maladie découverte, et enfin appliquer les remèdes salutaires. C'est un long apprentissage… qui dure toute la vie.
(à suivre)

18 octobre 2019

Le trouble

Il arrive souvent dans la journée que le trouble envahisse l'esprit et le cœur. Une contrariété, une parole malheureuse entendue, une surcharge de travail, une incompréhension, et bien d'autres choses qui n'ont rien à voir les unes avec les autres, en sont la cause. Si bien qu'un trouble succède à un autre trouble et peut former une chaîne continue, tout au long de la journée. Et dans le silence du monastère, le trouble s'intensifie comme dans un haut-parleur. Là encore, la réaction la plus immédiate est de pointer les causes qui l'ont provoqué. Mais cela n'avance pas à grand-chose, car en général, notre volonté n'a pas prise sur elles. Que faire? Pour sortir de l'impasse, il est bénéfique de se souvenir de ce que disait un moine du VIe siècle: «Tout ce qui trouble ne vient pas de Dieu.» Ce sont nos pensées qui sèment le trouble dans notre cœur et dans notre esprit. Ce critère de discernement est très simple et très précieux. Le trouble est donc le signe d'une tentation, alors que les apparences semblent reporter la cause sur des événements extérieurs à nous. En fait, le trouble nous envahit parce que ces événements ont fait germer une pensée mauvaise dans notre cœur. D'où ces conseils donnés par d'anciens moines: «Lutte contre les pensées qui t'apportent le trouble.» «Toute pensée, en laquelle ne prédomine pas le calme et l'humilité, n'est pas selon Dieu. Car notre Seigneur vient avec calme, mais tout ce qui est de l'Ennemi avec trouble et mouvement de colère.» Le Seigneur vient toujours dans une brise légère et sa présence ne déchaîne jamais une tempête dans le cœur.
La cause du trouble n'est donc pas dans l'événement déclencheur, mais dans la pensée que cet événement a fait naître. Cette pensée détourne de la paix de Dieu; elle n'est donc pas bonne. C'est un premier constat, qui pourtant ne suffit pas. Il restera à bien examiner la pensée pour savoir de quelle nature elle est. Cela nécessite un long apprentissage pour ne pas se tromper.
(à suivre)

8 octobre 2019

C'est ma faute !

Si l'on fait bien attention à ses réactions dans la vie commune, telle sœur met les nerfs en boule à certains jours et laisse dans un calme complet d'autres jours. Pourquoi cette différence ? La cause est à chercher dans son propre cœur. Chacun porte en soi une tendance à la gourmandise, à la colère, à la vaine gloire, à l'orgueil, à la tristesse, au découragement, etc.; autant de maladies qui incubent tranquillement dans le cœur. Mais le plus souvent nous n'en avons pas conscience et nous ne pouvons donc pas remédier à un mal inconnu. La vie commune se trouve être une bénédiction pour dévoiler nos maux cachés et travailler à leur guérison. Un exemple entre mille. Je rencontre une sœur qui a la joie sur le visage, et moi je suis triste, la vie me pèse. Une pensée monte alors de mon cœur et y sème le trouble. Cette sœur est inconsciente, elle ne se rend pas compte que la vie est difficile, il faudrait bien qu'elle atterrisse dans la réalité, etc. Et le murmure s'installe dans le cœur. Mais on peut faire une autre lecture de la situation. Bienheureuse sœur qui se trouve sur mon passage! Elle arrose mon jardin avec l'arrosoir de sa joie et permet à la mauvaise graine de la tristesse et de la jalousie, de pousser dans mon jardin intérieur, ce qui me permet de découvrir sa présence en moi et de voir qu'elle me fait du mal. Il devient donc possible de la déraciner! Au lieu de critiquer la joie de l'autre, la joie envahit mon propre cœur, parce que je peux dire: c'est ma faute si je suis triste! Grâce à cette sœur, je peux maintenant déraciner le germe de la tristesse qui est en moi. Cet exemple montre que l'attention aux pensées qui montent du cœur est la clé qui permet de dire en toute vérité: «c'est ma faute», et de commencer à trouver le chemin de la paix. Qu'en est-il de nos pensées? Mais avant de revenir sur les pensées, il faudra se pencher sur le trouble.
(A suivre)

2 octobre 2019

Le polissage par la vie commune

On peut réaliser de magnifiques photos de la vie commune : au chœur, au réfectoire, pendant les temps de détente. Il suffit de regarder les sites des monastères : elles sont plus belles les unes que les autres.
Mais la vie commune est aussi le lieu où s'apprend l'art de la vie monastique : elle a une face cachée. Chaque sœur de la communauté, en effet, a son passé, son éducation, sa sensibilité, ses habitudes. Vivre ensemble, c'est vivre avec d'autres qui sont très différentes, quelquefois à l'opposé de ce que l'on trouve aller de soi. On peut comparer la communauté aux galets du Gave qui deviennent lisses et ronds à force d'être frottés les uns contre les autres. La vie commune est un frottement permanent.
La présence de sœurs autour de soi suscite inévitablement au quotidien des réactions dans le cœur. Tout peut y passer : la compassion, le dévouement, le service, mais aussi la colère, la jalousie, l'orgueil, la violence, le découragement, le dépit, et bien d'autres choses encore. On peut dire alors : c'est la faute de telle ou telle sœur ; chaque fois que je la rencontre, elle a l'art de dire ce qu'il ne faut pas. Ou bien : je ne peux plus supporter son désordre, elle a toujours besoin d'une bonne derrière elle, etc., etc. Inutile de dire qu'au bout de trente ou quarante ans, la vie commune devient invivable en suivant ce chemin. C'est pourtant une occasion sans pareille de laisser son galet s'arrondir ; mais cela dépend de l'attention portée aux pensées qui se bousculent dans son propre cœur. Comment ? Ce sera l'étape suivante.

24 septembre 2019

Le vrai travail

Aujourd'hui la vie des moniales est connue par les médias. Mais de quoi parlent les journalistes? De ce qui est extérieur, de ce que l'on peut filmer et qui tranche sur la vie courante. C'est donc surtout le travail qui est mis en avant: les délicieuses confitures, les chocolats, le fromage, etc. Il est vrai que la publicité faite pour leur travail, aide les moniales à vivre; elles ne sont pas des anges. Leur cadre de vie, généralement très beau, ne manque pas non plus d'attrait. Mais tout cela n'est que l'apparence. Derrière, se cache une réalité invisible aux yeux. C'est la découverte de cette face cachée de la vie des moniales que nous aimerions proposer, au fil des semaines.

Puisque le travail des moniales est ce qu'il y a de plus connu, pourquoi ne pas commencer par le travail invisible, le vrai travail de la moniale? Le lieu de ce travail, c'est le cœur, ce lieu où Dieu seul habite, ce lieu où se prennent les décisions.

Tous ceux qui approchent un monastère sont frappés par le silence qui l'entoure. Mais il est un bruit invisible, qui ne devient silence qu'après bien des années: c'est le bruit, parfois assourdissant, du cœur, dont le silence extérieur facilite la perception. Le vrai travail des moniales, c'est la pacification du cœur. C'est un art qui s'apprend et il est beaucoup plus difficile à maîtriser que la fabrication des fromages ou des confitures!

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