Monastère des dominicaines de Lourdes

 

La face cachée de la vie des moniales

8 octobre 2019

C'est ma faute !

Si l'on fait bien attention à ses réactions dans la vie commune, telle sœur met les nerfs en boule à certains jours et laisse dans un calme complet d'autres jours. Pourquoi cette différence ? La cause est à chercher dans son propre cœur. Chacun porte en soi une tendance à la gourmandise, à la colère, à la vaine gloire, à l'orgueil, à la tristesse, au découragement, etc.; autant de maladies qui incubent tranquillement dans le cœur. Mais le plus souvent nous n'en avons pas conscience et nous ne pouvons donc pas remédier à un mal inconnu. La vie commune se trouve être une bénédiction pour dévoiler nos maux cachés et travailler à leur guérison. Un exemple entre mille. Je rencontre une sœur qui a la joie sur le visage, et moi je suis triste, la vie me pèse. Une pensée monte alors de mon cœur et y sème le trouble. Cette sœur est inconsciente, elle ne se rend pas compte que la vie est difficile, il faudrait bien qu'elle atterrisse dans la réalité, etc. Et le murmure s'installe dans le cœur. Mais on peut faire une autre lecture de la situation. Bienheureuse sœur qui se trouve sur mon passage! Elle arrose mon jardin avec l'arrosoir de sa joie et permet à la mauvaise graine de la tristesse et de la jalousie, de pousser dans mon jardin intérieur, ce qui me permet de découvrir sa présence en moi et de voir qu'elle me fait du mal. Il devient donc possible de la déraciner! Au lieu de critiquer la joie de l'autre, la joie envahit mon propre cœur, parce que je peux dire: c'est ma faute si je suis triste! Grâce à cette sœur, je peux maintenant déraciner le germe de la tristesse qui est en moi. Cet exemple montre que l'attention aux pensées qui montent du cœur est la clé qui permet de dire en toute vérité: «c'est ma faute», et de commencer à trouver le chemin de la paix. Qu'en est-il de nos pensées? Mais avant de revenir sur les pensées, il faudra se pencher sur le trouble.
(A suivre)

2 octobre 2019

Le polissage par la vie commune

On peut réaliser de magnifiques photos de la vie commune : au chœur, au réfectoire, pendant les temps de détente. Il suffit de regarder les sites des monastères : elles sont plus belles les unes que les autres.
Mais la vie commune est aussi le lieu où s'apprend l'art de la vie monastique : elle a une face cachée. Chaque sœur de la communauté, en effet, a son passé, son éducation, sa sensibilité, ses habitudes. Vivre ensemble, c'est vivre avec d'autres qui sont très différentes, quelquefois à l'opposé de ce que l'on trouve aller de soi. On peut comparer la communauté aux galets du Gave qui deviennent lisses et ronds à force d'être frottés les uns contre les autres. La vie commune est un frottement permanent.
La présence de sœurs autour de soi suscite inévitablement au quotidien des réactions dans le cœur. Tout peut y passer : la compassion, le dévouement, le service, mais aussi la colère, la jalousie, l'orgueil, la violence, le découragement, le dépit, et bien d'autres choses encore. On peut dire alors : c'est la faute de telle ou telle sœur ; chaque fois que je la rencontre, elle a l'art de dire ce qu'il ne faut pas. Ou bien : je ne peux plus supporter son désordre, elle a toujours besoin d'une bonne derrière elle, etc., etc. Inutile de dire qu'au bout de trente ou quarante ans, la vie commune devient invivable en suivant ce chemin. C'est pourtant une occasion sans pareille de laisser son galet s'arrondir ; mais cela dépend de l'attention portée aux pensées qui se bousculent dans son propre cœur. Comment ? Ce sera l'étape suivante.

24 septembre 2019

Le vrai travail

Aujourd'hui la vie des moniales est connue par les médias. Mais de quoi parlent les journalistes? De ce qui est extérieur, de ce que l'on peut filmer et qui tranche sur la vie courante. C'est donc surtout le travail qui est mis en avant: les délicieuses confitures, les chocolats, le fromage, etc. Il est vrai que la publicité faite pour leur travail, aide les moniales à vivre; elles ne sont pas des anges. Leur cadre de vie, généralement très beau, ne manque pas non plus d'attrait. Mais tout cela n'est que l'apparence. Derrière, se cache une réalité invisible aux yeux. C'est la découverte de cette face cachée de la vie des moniales que nous aimerions proposer, au fil des semaines.

Puisque le travail des moniales est ce qu'il y a de plus connu, pourquoi ne pas commencer par le travail invisible, le vrai travail de la moniale? Le lieu de ce travail, c'est le cœur, ce lieu où Dieu seul habite, ce lieu où se prennent les décisions.

Tous ceux qui approchent un monastère sont frappés par le silence qui l'entoure. Mais il est un bruit invisible, qui ne devient silence qu'après bien des années: c'est le bruit, parfois assourdissant, du cœur, dont le silence extérieur facilite la perception. Le vrai travail des moniales, c'est la pacification du cœur. C'est un art qui s'apprend et il est beaucoup plus difficile à maîtriser que la fabrication des fromages ou des confitures!

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